« A peine pourrai-je prétendre un jour au titre d’amateur » écrit le « sphinx obscure » à son ami Cazalis en 1864, l’année de la naissance de sa fille. Il déclare « j’ai besoin de la plus silencieuse solitude de l’âme, et d’un oubli inconnu, pour entendre chanter en moi certaines notes mystérieuses » et  déteste son métier de professeur d’anglais : « On tourne dans un cercle étroit comme des chevaux idiots d’un cirque de foire… chaque jour le découragement me domine, je meurs de torpeur ». Lorsqu’il regagne enfin Paris en 1871 pour ouvrir son salon aux célèbres mardis qui réunissent Laforgue, Valéry, Gide, Barrès… le « poète las que la vie étiole » a encore peu publié, et ses œuvres passent inaperçues. Sa notoriété éclate après 1884, grâce à Verlaine et Huysmans : il fait désormais figure de maître du symbolisme. « Mais mon admiration va toute entière au grand Mage inconsolable et obstiné chercheur d’un mystère qu’il sait ne pas exister, et qu’il poursuivra à jamais pour cela, du deuil de son lucide désespoir, car c’eût été la Vérité »…