S’il ne reste aujourd’hui plus rien de l’hôtel Chantereine, détruit en 1862 lors des grands travaux d’Haussmann, les personnages qui l’ont habité et ceux qui l’ont fréquenté ont marqué l’Histoire de France d’une empreinte indélébile, de la fin de l’Ancien Régime à l’aube du Premier Empire. Julie Careau, « demoiselle de l’Opéra » faisant alors profession de galanterie, s’y installe en 1780. Elle y tient l’un des salons les plus courus de Paris, où elle accueille Talleyrand, Mirabeau ou Chamfort, et le tragédien Talma, qu’elle épouse en 1791. L’hôtel devient bientôt le lieu de rencontre privilégié des membres du parti girondin dont beaucoup, tels Brissot ou Madame Roland, finissent sous le couperet de la guillotine ou se suicident, comme Condorcet, aux heures sombres de la Terreur. En 1795, Julie, abandonnée par Talma, loue son hôtel à la citoyenne Joséphine de Beauharnais, veuve du général en chef de l’armée du Rhin décapité un an plus tôt. Par l’entremise de son ami Barras, Joséphine rencontre le jeune « général Vendémiaire », Napoléon Bonaparte, qu’elle épouse en 1796, juste avant qu’il ne parte se couvrir de gloire au cours de la campagne d’Italie. A son retour, Napoléon rachète à Julie l’hôtel Chantereine. Il y réside avec Joséphine jusqu’au 15 novembre 1799 : devenue Premier Consul de la République après son coup d’état du 18 Brumaire (9 novembre), il s’installe au Palais du Luxembourg.